Cet atelier qui s’est déroulé le 26 septembre 2006 réunissait deux professeurs d’université,
Guy CORAZZOL introduit le débat en signalant en préambule que sur la motion NPS issue du congrès du Mans le sujet n’est pas très étoffé.
Guy Corazzol indique que, selon lui, se pose le problème du financement, en particulier les différences de budget imparti pour la formation d’un étudiant en université, par rapport, par exemple, à un élève des grandes écoles.
Pour Jean Michel Jolion,
Professeur à l’INSA de Lyon, il n’est pas convaincu que le problème de l’université soit un simple problème de financement. Il faudrait admettre que l’enseignement supérieur n’a pas vocation à accueillir tous les étudiants, encore faut-il que les étudiants aient un vrai projet professionnel, or à 18 ans est-ce le cas ? De plus la comparaison du coût de l’étudiant est un mauvais constat si l’on considère qu’un étudiant est un investissement.
L’enseignement supérieur a pour mission de renouveler les cadres dans tous les secteurs de la vie professionnelle. Il doit permettre aux étudiants de s’ouvrir sur le monde pour leur permettre de trouver un emploi en développant leur culture générale ou/et scientifique.
Si on compare avec les USA par exemple les missions sont totalement différentes, en particulier ils ne se posent pas la question de l’avenir de leurs étudiants.
En France l’Enseignement Supérieur (E.S.) se cherche dans une société de plus en plus complexe, dans la perspective de décloisonner, de répondre aux attentes d’un milieu industriel sans cesse transformé (apparition des services,..) les réformes naissent plus vites que les ministres et dans cet embroglio, on pourrait dire que l’on ne s’en sort pas si mal.
Par contre on n’offre pas à tous ces jeunes d’aller au bout de leurs projets car on est encore dans un système de réforme administrative, en vase clos, or les problèmes de l’échec, sont le logement, l’accueil qui ne sont pas, ou ne devraient pas être les missions des établissements. Il faudrait une vraie réforme de l’impôt, des budgets qui devraient être plus réactifs, minimiser la culture de l’individualisme.
Se pose également le problème de gouvernance : admettre un besoin de négociation, donner des pouvoirs aux présidents, leur laisser la possibilité de construire leur budget, gérer leurs postes, leurs emplois et une maîtrise de la GRH – Si on veut qu’ils rendent des comptes il faut s’en donner les moyens, en particulier limiter les mandats –
Le lien entre le secondaire et l’E.S. : Les étudiants vivent plus une orientation subie que choisie. Il faut rendre hommage au travail accompli par les IUT.
Il y a un vrai problème de culture – reprendre la loi Savary de 1984 – pas en attaquant sur le coût des étudiants, le détournement des carrières scientifiques – mais sur les missions – en mettant les moyens pour aller au bout des missions –
Il y a trop de gros blocs de gros centres : Grenoble Dans dix ans le pôle universitaire de Grenoble deviendra un « collège » ou un « Lyon 4 » mais est-ce une mauvaise chose ? A-t-on besoin de fac de partout, en multipliant les coûts d’infrastructure, d’équipement au détriment par exemple de logements étudiants ?
Pour Maurice GAILLARD
Professeur à l’Université il a le sentiment d’un vrai gâchis : si on se « gargarise » d’avoir pu absorber les enfants du « babyboom » on peut se poser la question des conditions dans lesquelles s’est faite cette insertion.
130.000 étudiants, on a multiplié par 6 le nombre d’étudiants, sur ce nombre combien arrivent au DEUG : 50 % ; combien sortent sans diplôme après avoir passé 4 ans et quelquefois plus sur les bancs de l’Université. Comment ne pas regretter cette déperdition de temps et d’énergie.
Un récent rapport de la cour des comptes sur la situation des universités, dont on peut noter un certain nombre de données objectives fait le constat que l’E.S. ne joue pas son rôle d’ascenseur social.
La proportion d’enfants d’ouvriers – d’employés est de plus en plus faible - dans la durée des études, ou certaines filières - : médecine attire principalement les classes sociales privilégiées.
Le pays doit prendre conscience du retard des moyens mis dans la formation universitaire – mais l’administration doit se réformer car des choses frisent l’aberration : qu’une université ne fonctionne que 8 mois sur 12 ?
Même si les personnels sont présents plus longtemps les étudiants, eux, on ne s’en occupe que 8 mois sur 12. Comment financer des structures si peu utilisées
Comment rééquilibrer socialement :
- revoir le système de bourses
- revoir le statut des enseignants chercheurs
Comment un enseignant chercheur peut préparer correctement un étudiant à la vie active quand lui-même ne la connaît pas ?
Dans une carrière d’enseignant chercheur il n’y a pas obligation de mobilité, de passage à l’extérieur de l’université. Ils ne bénéficient pas non plus de formation à la pédagogie. Face à des étudiants de plus en plus demandeurs cela est difficile.
L’évaluation :
Il n’y a pas d’évaluation, surtout pas d’inspection car intentatoire à la déontologie des enseignants. Pourtant il serait légitime d’instaurer une évaluation sur les prestations des enseignants chercheurs.
On constate également une tendance des étudiants à prolonger leurs études = on n’y va plus seulement pour la maîtrise mais pour le master – les ingénieurs par exemple rajoutent à leur cursus un master de gestion .
Les étudiants restent dans le milieu privilégié de l’université qui les rassure car ils ont peur de la confrontation avec le monde extérieur ; on doit les aider à en sortir car il est très malsain d’y rester aussi longtemps.
Aux USA on demande aux étudiants de niveau Licence de partir à l’extérieur pour revenir ensuite terminer leur formation. Des pays européens comme l’Espagne préconisaient également cette démarche le problème est de ne pas récupérer des étudiants qui s’insèrent dans le milieu professionnel et ne vont pas au bout de leur diplôme ce qui peut leur être préjudiciables par la suite.
Sur une question visant à demander si des réformes non seulement touchant les étudiants mais aussi les personnels avaient des chances d’aboutir, JM Jolion pense que c’est un milieu « raleur » mais ce sont de parfaits petits soldats. Dans toutes les réformes on trouvera des gens qui vont se préserver des avantages acquis, mais il n’est pas évident que les étudiants suivent, de toute façon il y aura des états transitoires. Pendant 4 ans il faut bien reconnaître que les étudiants vont « essuyer les plâtres ».
Pour M. Gaillard, l’analyse est différente. Hors les formations scientifiques, dans l’université la tendance est très « corpo », les syndicats ont disparu, ce qui n’est pas le cas dans le 1er et le 2nd degré. La réforme devrait venir du politique, mais la gauche n’est pas en état de la faire, dans la mesure où elle s’attaque à son électorat. ce serait plutôt la droite qui fera des réformes mais pas celles que l’on souhaite.
JY Tousaint, Professeur INSA de Lyon en Sciences humaines : on a envie que cela change la dernière réforme initiée par Allègre aurait pu mieux « passer » s’il avait fait preuve de plus de diplomatie et de plus de considération à l’égard des enseignants. Il faut reconnaître que malgré l’enfer que représente pour certains professeurs l’exercice de leur métier, cela marche. Si on regarde les missions de l’enseignement supérieur : les institutions sont contre-productives, les enseignants ne remplissent pas toutes les missions pour lesquelles ils sont payés…. On doit former des gens qui sont éduqués –
Une remarque également pour dire que l’on doit former des personnes autonomes, sur le plan de leur personnalité –
Ceci est le cas, les étudiants n’ont jamais autant « bougé » même s’ils ne savent pas pourquoi ils sont là – ils suivent le flot.
Pour J.Michel Jolion les systèmes sont très divers. La réforme du LMD a mis en place beaucoup plus de passerelles encore faut-il qu’elles existent réellement – le problème est de donner les mêmes moyens à tous les établissements pour choisir leurs étudiants – par contre l’important c’est l’ouverture - c’est l’étudiant qui devrait choisir son cursus mais il ne sait pas le construire. Actuellement- les enseignants ne sont pas prêts car ils veulent garder la maîtrise « du guide ». Dans dix ans il faudra permettre à des jeunes de construire leur cursus.
Une idée grandit visant à demander que l’université donne une qualification professionnelle – c’est une idée fausse – L’université forme la personnalité des gens pour leur permettre de mieux s’intégrer sur le marche de l’emploi.
La réforme communément appelée « LMD » Licence – master – doctorat, issue du sommet de Bologne qui réunissait les chefs d’état et les ministres de l’enseignement de l’Allemagne, de l’Italie et de la France sont allés dans ce sens.
Il faut dire que la France, contrairement à d’autres pays a des formations courtes de très bons niveaux et correspondant aux besoins des entreprises : BTS, IUT (qui dépendent des universités). Il paraissait donc tout naturel lorsqu’il a été question d’harmoniser les cursus pour permettre les passerelles entre établissements et permettre la mobilité des étudiants de commencer de diplômer à Bac+3 au niveau de l’Université comme la plupart des établissements européens et de ce fait ne pas maintenir les DEUG. Parallèlement il a été demandé aux universités de mettre en place des formations professionnalisantes à Bac + 3. Pour Laura Gandolfi l’idée n’était pas mauvaise puisque les formations courtes étaient couvertes par les BTS et les IUT, le problème c’est que les moyens n’ont pas accompagné la mise en place de nouvelles formations. Ceci ne va pas dans le sens de ce qui a été dit plus haut par M. Gaillard qui pense que l’université n’a pas cette vocation.
Pour Guy il faudrait une véritable réforme du financement des études car pour la grande masse des étudiants il y a un véritable problème. Pour les élèves des classes prépa, pas de problème ceux-ci s’en sortiront, mais entre les entreprises qui veulent des élèves formatés et les universités dont ce n’est pas l’objectif ceci pose un véritable problème.
Pour J.Y. Tousaint il pose la question de savoir si l’on doit être aliéné à l’économie. Former des étudiants à avoir une culture scientifique, c’est penser d’autres modes de pensées, de changer le monde, les « soixante huitars » ont pondu un monde de bourgeois, il nous faut trouver d’autres modes.
JM. Jolion : ce schéma est basé sur le fait que l’on dit que tout bachelier peut trouver une place en fac mais les structures ne sont pas faites pour répondre à cet enjeu, on sait bien que les meilleurs vont en prépa –les autres ailleurs, et malheureusement, la reprise d’études n’existe pas.
L’enseignement supérieur se réforme mais si tout se réforme avec les entreprises ou leurs représentants il y aura des échecs. Seulement 15 % suivent des licences pro.
A Lyon 2 jusqu’à l’an dernier on n’arrivait pas à utiliser les bourses de la mobilité car la aussi ce sont les étudiants issus des milieux les plus favorisés qui peuvent partir les autres n’en n’ont pas les moyens.
JY Tousaint : si les gamins font la mobilité c’est qu’ils ont intérêt à le faire. Les gens sont individualistes.
Guy : il y a aussi des enjeux de pouvoir , des difficultés à valider les Unités de valeur quand on va à l’étranger. Il n’y a pas la reconnaissance des diplomes et cela est un frein à la mobilité, si on y ajoute les difficultés de trouver un logement, d’organiser l’accueil, or les communes reportent sur l’état, qui reporte sur les universités…
J.Michel Jolion : lorsque l’état a décidé de faire venir des étudiants ils ont adapté leur cursus mais ne se sont pas occupés de l’accompagnement, ceux qui l’ont fait sont les établissements qui l’ont pris sur leur budget.
Simon : il y a l’observatoire de la vie étudiante qui critique beaucoup le système des bourses. Une allocation pour tout le monde suivant la géographie.
Un parent d’étudiant pense qu’il faudrait pratiquer une certaine vérité des prix et faire payer aux étudiants ce qu’ils peuvent payer.
J.Michel Jolion : soit on permet à tout étudiant d’être indépendant – soit c’est une réforme fiscale d’accompagnement qui permet aux parents de payer lorsqu’ils peuvent . On pourrait très bien faire payer les frais d’inscription à un autre moment que la rentrée alors que les étudiant, à ce moment de l’année doivent payer leur caution de logement, les frais liés à la rentrée.
Une question d’une personne de la salle : y a-t-il des réflexions par rapport à l’enseignement secondaire. Quelles améliorations pour améliorer l’enseignement secondaire et l’orientation ?
En s’appuyant sur la validation des acquis de l’expérience, des élèves sortis du milieu scolaire pourront revenir à l’université. Il faudrait revaloriser le travail manuel par des diplômes.
On nous signale l’exemple d’une filière qui ne fonctionne pas trop mal : AES qui accueille des bacheliers venant d’un bac techno et pour lesquels l’université est capable de trouver des créneaux. Sur le marche de l’emploi ce sont ceux qui se placent le mieux – ils ont une formation polyvalente –dans des délais les plus brefs ils trouvent un emploi.